2013-11-05

Mathurin Soldat - page 20

"Il pleut à verse. Les nuages gris déversent des trombes d'eau. Les arbres bruissent dans le vent et répandent des cascades d'eau à leurs pieds. Les chemins sont argileux, les ruisseaux dévalent violemment les pentes. C'est l'été, mais dans les abris les poêles sont allumés.  
C'est la Forêt d'Argonne.

Elle ne se dissimule pas mais ne montre pas son vrai visage. C'est une Forêt comme le Spessart et les forêts tchèques, une forêt pour les charbonniers, les bandes de brigands et les sangliers. La Forêt a sa présence, cela on ne peut pas le contester. La Forêt a son passé, c'est sûr. On y pénétrait et on n'en revenait jamais, on faisait un signe de croix et l'on mourrait. Dans l'obscurité, l'assassin guettait.
Il y a dans cette forêt des lieux qui portent des noms étranges: "La Fille morte", "L'homme mort".
Voilà ce qu'il en est."
 Extrait de Krieg im Argonnerwald, Bernhard Kellermann, 1916.

"De lourds sacrifices durent être faits sur les sanglants champs de bataille du front de l'Ouest. Et pourtant, les combats dans la Forêt d'Argonne ont quelque chose de plus important. Jour après jour, mois après mois, année après année, les mêmes combats furieux et acharnés, hommes contre hommes, à faible distance l'un de l'autre, avec des mines et des engins explosifs, des canons de tranchée et des mitrailleuses, des carabines, des couteaux et des baïonnettes. Ailleurs, les troupes vivaient de fréquents renversements de situation, mais pas dans la Forêt d'Argonne. A chaque soldat revient de droit un titra militaire honorifique.

Tous ceux qui ont engagé leur corps et leur vie en Forêt d'Argonne pour le Kaïser et l'Empire ont gagné des lauriers impérissables."
Wilhelm von Hohenzoller, Kronprinz, 1916.



11 commentaires:

  1. Une bonne page pour un riant mois de novembre...Toujours aussi bien cette "série". On y ressent vraiment la résignation et la rage conjuguée dans l'absurde que l'on retrouve dans certaines lettres de poilus. Merci

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    1. Merci. C'est une large part de ce dont j'essaye de rendre compte, et qu'on trouve chez Pézard, Genevoix, Coeurdevey, dans les lettre de mes arrière grands-pères, chez eux qui l'on vécut la Grande Guerre, et pas tellement chez Tardi.

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    2. Sauf peut-être dans le dernier

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  2. Tu devrais t'inscrire au blogueur monstre, au nom des monstruosités de la guerre. D'ailleurs j'en profite pour répondre à ton ami allemand wilhem de 1916: Je comprends le besoin de glorifier vos camarade morts pour une cause absurde, là ou l'absurdité elle-même atteignait son apogée. Mais en les couvrant ainsi de laurier vous risquer d'en faire des exemples de courage pour nos chères petites têtes blondes, est-ce que cela vous semble raisonnable? Des petits enfant qui s'étripent pour rendre riche les marchands de canon?

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    1. J'm'a inscrit à la révélation blog!

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  3. La jeune fille est morte violée? elle aurait pas pu mourir autrement? Quel raccourci facile !

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    1. C'est le nom du lieu-dit. Et la légende locale parle de viols et de toutes sortes de choses. Je me fous que ce soit original ou pas chère Céline. C'est en phase avec l'idée que je m'en fais.

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  4. C’est de l’histoire de leur inhumanité que les hommes ne tirent guère de leçons, réitérant dans une parodie à la fois ridicule et sanglante les pires aberrations du passé. Le prétendu devoir de mémoire, qui nous enseigne les horreurs du passé, les guerres, les massacres, la sainte Inquisition, les pogromes, les camps d’extermination et les goulags, perpétue le vieux dogme religieux d’une impuissance congénitale à vaincre le mal, auquel l’honneur prescrit d’opposer cette éthique qui repose sur le libre arbitre comme un fakir sur une chaise à clous.

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  5. Des entreprises hasardées de siècle en siècle en faveur d’une vie meilleure, la mémoire ne retient que leur défaite. Anacharsis Cloots, Jacques Roux, Babeuf, décapités par les jacobins ; la Commune de Paris écrasée par les versaillais ; les conseils ouvriers et paysans liquidés par Lénine et Trotski ; les collectivités libertaires espagnoles détruites par les staliniens. Une défaite, vraiment ?

    J’appelle défaite l’étouffement des libertés individuelles par l’individualisme libéral, par le mensonge du nationalisme identitaire, par l’imposture du prétendu communisme, par le socialisme et la démocratie corrompue, par la dictature des libertés économiques. Ne voyez-vous pas que ce qui a été tenté en faveur de la vie et que les armes de la mort ont apparemment vaincu renaît sans cesse ? C’est de son inachèvement que nous devons tirer les leçons car il nous appartient d’aller plus avant.

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